LES ORIGINES, XIIE - XIIIE SIÈCLE

Bulle Pape Innocent III
Bulle du Pape Innocent III pour la confirmation
de l’ordre du Val-des-Choux.
 
Chartreuse de Lugny
Entrée de la Chartreuse de Lugny.
 
Borne de l’abbaye du Val des Choues
Borne de l’abbaye du Val des Choues.

 

Isolée en pleine forêt chatillonnaise, au nord de la Côte-d’Or en Bourgogne, l’abbaye du Val des Choues s’inscrit dans le grand mouvement religieux de l’Occident des XIe et XIIe siècle. A cette époque, nombre de religieux ou fidèles laïcs rompent avec les cadres traditionnels de la religion, notamment avec les grands ordres institutionnalisés pour tenter des expériences plus individuelles de vie apostolique.

Des ermites, venant d’abbayes déjà constituées, ou appartenant au clergé séculier dont ils se détachent, finissent par faire des émules et constituent peu à peu des communautés qui deviennent à leur tour abbayes ou prieurés. On ne connait pas précisément l’histoire de la fondation de l’abbaye du Val des Choues, seulement qu’elle est reconnue par une bulle du pape Innocent III à Rome en 1203.

La tradition dit aussi que le frère Viard, convers de la Chartreuse de Lugny (proche de l’abbaye), décide de se retirer pour vivre une expérience personnelle dans la pauvreté. Par la suite, d’autres religieux viennent partager la vie de cet ermite. Peu à peu se forme une communauté et le Duc de Bourgogne, Eudes III, propriétaire de la forêt, frappé par le rayonnement de sainteté du moine convers, recommande à ses prières le salut de son âme et lui promet de fonder un monastère s’il revenait de guerre.

Ce moine convers a-t-il vraiment existé ? Comment devient-il fondateur et prieur d’un ordre monastique ? Sans doute la légende du vénérable Viard traduit-elle un phénomène plus complexe. Certes, un groupe d’ermites se constitue et le duc de Bourgogne veut le formaliser et donc le contrôler en l’inscrivant dans une fondation officielle approuvée par Rome en 1203.

A l’exemple d’Eudes III, les seigneurs de Bourgogne multiplient les donations. Le grand prieuré du “Val des Choux”, comblé de dons, de rentes, de privilèges et devenu chef d’ordre, fait valoir ses droits de seigneur monastique. Sur les villageois de Villiers-le-Duc, il exerce son droit de vingtième, c’est-à-dire de prélever la vingtième gerbe de toutes les récoltes, le vingtième écheveau de chanvre, la vingtième tête du troupeau… Il est alors aisé d’imaginer l’impopularité du monastère et les conflits engendrés.

L’influence de la chartreuse de Lugny marque la vie de cette maison qui adopte une règle originale, inspirée à la fois du modèle cistercien en plein rayonnement à l’époque et du modèle des chartreux. Cette double influence constitue l’essence de la règle de l’ordre des valdéclusiens (ou Val des Clusiens ?).